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Normes et valeurs : des Églises interpellent le gouvernement sur des questions de justice

par Jean-Philippe Perreault, FTSR ULaval 10 février 2011 20:35

Le 28 janvier dernier, Le Devoir nous apprenait que le Conseil des Églises pour la justice et la criminologie (CEJC) a fait parvenir une lettre à Stephen Harper l’enjoignant de réviser la stratégie de son gouvernement en matière de justice criminelle. Inquiet par projets lois, le CEJC a indiqué au premier ministre que « les propositions de nouvelles lois fédérales auront pour effet d’envoyer en prison plus de Canadiens et pour des périodes plus longues, une stratégie qui a constamment démontré qu’elle ne dissuadait pas lecrime et n’aidait pas non plus les victimes. » La journaliste Hélène Buzzetti rapporte que « le but de cette sortie est de provoquer un débat et une réflexion au sein des diverses Églises du pays et d'inciter les fidèles à réfléchir davantage à la question. »

 

Cette nouvelle est une illustration fort intéressante de ce qui est entendu (et attendu) lorsque les intentions pédagogiques du programme ÉCR visent à « faire prendre conscience aux élèves que les religions proposent des valeurs et des normes qui dictent les comportements et les attitudes à adopter envers soi-même et envers autrui pour favoriser le vivre-ensemble » ou à « amener les élèves à comprendre l’apport des religions à la société québécoise. »

 

Au primaire, le thème Des valeurs et des normes religieuses n’est pas l’un des plus aisés. Si les œuvres sont repérables facilement dans l’environnement, si l’on arrive à retracer assez facilement le parcours des personnes modèles, il en va tout autrement lorsque vient le temps d’associer ces engagements aux traditions religieuses qui les ont portés et qui les portent encore. Le réflexe est alors d’évoquer, non sans ambiguïté, quelque chose comme la « nature religieuse » de certaines valeurs. L’ennui est que l’expression « valeurs religieuses » est aussi commode qu’informe; son utilité tenant précisément dans son imprécision. L’entraide, la solidarité, le respect:  est-ce des valeurs religieuses? Je connais plusieurs humanistes athées qui s’en réclament.

Il nous faut donc faire un effort supplémentaire si l’on veut rencontrer l’enjeu pédagogique central de ce thème. Dans l’exemple qui nous occupe, la lettre du CEJC fournit quelques éléments nécessaires à cette exploration. Voici quelques extraits intéressants : 

 

En s’adressant au premier ministre, le CEJC soutient que « [sa] politique donne sous forme d’emprisonnement, une réponse coûteuse aux poursuites intentées devant les tribunaux contre des personnes qui sont des délinquants non violents ou bien des délinquants récidivistes mentalement malades ou dépendants des drogues, et dont la majorité n’est pas jugée comme présentant un risque élevé. Ces délinquants sont, dans une proportion démesurée, pauvres et mal formés à l’apprentissage, et ils appartiennent aux groupes sociaux les plus désavantagés et les plus marginalisés. Ils ont besoin de soins, de services de santé, d’éducation, d’aide à l’emploi et au logement, toutes mesures moins onéreuses et plus humaines que l’incarcération.

 

Le président du Conseil poursuit en mettant en lumière l’enracinement religieux de l’intervention : « La vision de la justice que nous trouvons dans les Saintes Écritures est profonde. Nous sommes appelés à être des personnes en relation les unes avec les autres en dépit de nos conflits et de nos péchés, et à redevenir, grâce à l’ingénieuse créativité de l’Esprit de Dieu, une communauté d’alliances. Comment cela pourrait-il se réaliser si nous excluons automatiquement ceux que nous étiquetons comme « criminels » et si nous nous coupons d’eux ? L’accroissement du niveau des incarcérations des personnes marginalisées est contre-productif et sape la dignité humaine dans notre société. Par opposition, les possibilités de libérations sous cautions, la surveillance dans la communauté, les centres de contrôle, l’aide concrète, le logement de soutien, les programmes destinés à favoriser la responsabilité, le respect et la réparation, sont des mesures qui ont fait leurs preuves mais qui sont sous-financées. Leurs résultats se sont avérés être les mêmes ou meilleurs quant au taux de récidive, et cela pour une fraction du coût et beaucoup moins de dommage humain.»

 

Dans le document Appelés à réagir avec de nouveaux cœurs et de nouveaux esprits face aux victimes de crimes, le CEJC précise l’intérêt des chrétiens pour les questions de justice criminelle : « La vie de Jésus telle que racontée dans les Évangiles est un message de miséricorde, de compréhension et d’amour. Il guérissait les relations. Personne n’échappait à ses préoccupations. Il accueillait tout autant les faiseurs de trouble [sic] que les blessés. […] Dans chacune de nos communautés, il peut y avoir de telles victimes qui vivent dans la douleur et l’isolement que nous pouvons à peine comprendre. Comment pouvons-nous soigner leurs blessures et leur faire savoir qu’elles ne sont pas seules? Comment pouvons-nous agir envers eux comme de bons proches, leur "prochain"?»

 

Dans Criminal Justice at a crossroad, le CECJ explique son action et son orientation en établissant des liens avec les enseignements de Jésus et des apôtres. Voici quelques références citées dans le document :

  • le bon samaritain (Lc 10);
  • le retour de l’enfant prodigue (Lc 15);
  • « Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites » (Mt 25); 
  • « Alors Pierre s'approcha de lui, et dit: Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois?  Jésus lui dit: Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix-sept fois sept fois » (Mt 18);
  • la femme adultère (Lc 23);
  • « Ne cherche pas la vengeance […] Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rm 12).

 

Ces références nous montrent le chemin pour atteindre l’intention pédagogique, soit de « prendre appui sur des exemples d’écrits importants, de pratiques alimentaires et vestimentaires ou de personnes modèles animées par leurs valeurs et leurs croyances pour amener les élèves à aborder la dimension morale des religions ». Elles nous rappellent également que bien que le programme ÉCR aborde le phénomène religieux de manière transversale – en regard de thèmes précis – l’exploration d’un élément de contenu (fête, récit, objet, œuvre, etc.) ne peut se faire que dans une relation dynamique avec les autres dimensions fondamentales de la tradition religieuse. Dans cet exemple, la compréhension des normes et des valeurs religieuses nous renvoie aux récits marquants. Les thèmes sont ainsi moins cloisonnés qu’il n’y paraît.  

 

Ainsi, nous sommes autorisés à reconnaître certaines valeurs comme étant religieuses dans la mesure où elles nous renvoient à une double pratique : celles de personnages fondateurs illustrées dans des récits et celles des croyants d’aujourd’hui engagés dans la vie de la Cité par la force d’une mémoire qui les pousse à l’action.

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Le CEJC existe depuis 39 ans. Onze Églises du Canada en font partie, notamment la Conférence des évêques catholiques du Canada, l'Église anglicane du Canada, les Églises évangéliques luthériennes et l'Église unie.

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