« L’engagement des familles Molson et McGill [dans l’histoire du Québec], est-ce religieux? Je ne sais pas. Mais c’est protestant! » Bien sûr qu’elle a fait sourire cette boutade d’Olivier Bauer, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, lors de la plénière d’ouverture du troisième congrès de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse (AQECR) le 4 novembre dernier. N’empêche qu’elle dit bien le défi qui se pose lorsqu’on s’attaque à la transmission du patrimoine religieux. Que doit-on retenir? Comment distinguer – et est-ce nécessaire de le faire – le patrimoine religieux du patrimoine culturel? Doit-on s’intéresser tant au patrimoine immatériel que matériel?

Il va de soi que pour sauvegarder le patrimoine, il faut d’abord le connaître. Une connaissance qui ne peut faire l’économie d’une transmission et d’une réception, en contexte, de la signification de ces expressions patrimoniales, a tenu à souligner Stéphanie Gravel, doctorante et chargée de cours à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’UdeM. Et cette connaissance n’est pas acquise. Parce qu’issus d’une culture chrétienne majoritaire, considérer que les jeunes connaissent le patrimoine religieux du Québec est l’un des meilleurs moyens pour faire disparaître le protestantisme et le catholicisme du programme ÉCR, prévient Olivier Bauer.
Les deux spécialistes de l’Université de Montréal ont insisté sur la nécessité et la fécondité d’une approche attentive à la diversité. Une diversité qui ne tient pas que dans le pluralisme des expressions, mais dans le rapport même des croyants à ces « objets » patrimoniaux : ne pas s’attarder uniquement aux églises catholiques - parce que plus exubérantes -, mais expliquer aussi la sobriété des lieux protestants; ne pas s’en tenir qu’aux règles alimentaires juives - parce que plus explicites -, mais rendre compte également des rapports différenciés aux interdits dans le christianisme. Et pourquoi ne pas enraciner cette compréhension, suggère Stéphanie Gravel, dans un dialogue intergénérationnel?
En classe, dans le pays réel des enseignants, comment arriver à transmettre ce patrimoine? Selon Sylvain Fournier, enseignant au secondaire, recourir à du matériel didactique diversifié et complémentaire tout en assumant pleinement la responsabilité professionnelle à l’égard du programme est l’une des voies possibles. « Les manuels ne sont pas le programme, a-t-il rappelé, on doit utiliser les ressources et aller les chercher. » Pour celui qui est aussi le président de l'AQECR, il en va de même en ce qui a trait à la place du catholicisme et du protestantisme. Aux enseignants incombe la responsabilité de voir à ce que les situations d’apprentissages qu’ils mettent de l’avant respectent la prescription.
Un temps de formation essentiel
Outre ceux portant sur le patrimoine religieux, le congrès proposait près d’une vingtaine d’ateliers aux sujets variés: questions éthiques, dialogue et pensée critique, idées TIC, posture enseignante, progression des apprentissages, place des femmes dans les christianismes, psychologie de l'expérience religieuse, littérature jeunesse, spiritualités autochtones, pratiques enseignantes novatrices, etc. Sans parler de la soirée au pays des légendes et du souper dansant sur des airs traditionnels québécois.
Un temps de formation essentiel, diront plusieurs participants, non seulement en regard des connaissances acquises, mais aussi parce qu’en s’éloignant pour quelques heures du raffut de la classe, il est possible de poser un regard distancé sur un quotidien stimulant et parfois essoufflant.
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