
Les chocolats du calendrier de l’Avent n’auront jamais été aussi bons. Rien à voir avec la qualité douteuse de la friandise. C’est que nous en sommes à cette dernière semaine de soustraction des jours et d’addition de l’excitation. L’excitation de la fête dont les adultes gardent plus ou moins vivant le souvenir et au nom de laquelle ils désirent créer ou de recréer ces moments qui font l’enfance.
Comme toutes les fêtes, Noël est en partie un rite de transgression et de renversement.
Un rite puisqu’il répond à un ordre, à des régies, à des histoires. Si la manière de faire évolue sans cesse, personne n’invente Noël pour autant. On s’attache à des gestes, à des paroles. On s’inscrit dans un temps plus long qui est à la fois celui des générations précédentes et de sa propre enfance. On rappelle ou appel le « traditionnel ».
De renversement puisque cet agir conventionné (Noël à ses couleurs, ses décorations, ses menus, ses horaires, ses attentions, son consumérisme…) vise à suspendre temporairement d’autres conventions : celles qui font l’ordinaire et la routine. On met entre parenthèses l’horaire habituel, le régime alimentaire, les préoccupations, l'école, le travail pour répondre aux normes de la fête et de l’excès contrôlé. On transforme le quotidien par des décorations, des cadeaux, de la bouffe abondante, de l'alcool, des jeux, des chants, des coutumes inaccoutumées… C’est le festival du « spécial ». On y produit de l’ « extra-ordinaire », source d’excitation des petits comme des grands.
Et ce renversement apparaît toujours nécessaire. Il permet de créer des moments marquants qui donnent sens aux trois-cent-soixante quelques jours restants. Il offre l’occasion de s’extirper momentanément des contraintes et des obligations usuelles en modifiant le rapport au temps, en créant des souvenirs, en dégageant un espace pour faire le point sur sa vie, prendre du recul et du repos. Il y a un avant (ou Avent) et un après Noël.
Fêtes, rites quotidiens et de passage, pratiques ascétiques, calendriers, les traditions religieuses ont en commun de proposer une régulation du temps. Ces nombreux moments servent à faire mémoire, à créer de la communauté, à faire naître des identités, à se lier à ce qui dépasse. De manière plus anthropologique, nous pourrions dire que ces instances de régulation sont aussi des remparts qui évitent que le temps n’échappe, glisse, fuie. Les fêtes, explicitement religieuses ou non, sont des prises sur la vie.
Se pourrait-il alors que le manque de temps qui caractérise notre époque ait à voir avec notre capacité à faire la fête?
À chacun, un très joyeux temps des fêtes!